Paris: une Europe unie face à la crise ukrainienne
- Nicolás Guerrero

- 28 mar 2025
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Le 27 mars 2025, Paris a accueilli un sommet international d’une importance capitale, réunissant une trentaine de dirigeants européens et alliés de l’Ukraine dans le cadre de ce qui a été baptisé la « coalition des volontaires ». Organisée à l’initiative du président français Emmanuel Macron, cette rencontre visait à consolider le soutien à l’Ukraine face à l’agression russe, à finaliser des garanties de sécurité à long terme pour Kyiv, et à réaffirmer la détermination de l’Europe à jouer un rôle central dans la résolution du conflit, malgré les incertitudes liées à l’évolution de la politique américaine sous l’administration Trump.

Contexte géopolitique : une Europe sous pression
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, les relations transatlantiques ont été marquées par une reconfiguration spectaculaire. Les États-Unis, principal soutien militaire de l’Ukraine depuis le début de l’invasion russe en février 2022, ont opéré un virage stratégique en renouant un dialogue direct avec Moscou. Des pourparlers menés en Arabie saoudite le 24 mars 2025 entre responsables américains et russes ont abouti à une trêve limitée en mer Noire et à un moratoire sur les frappes contre les infrastructures énergétiques, sous certaines conditions, notamment la levée de restrictions sur les exportations agricoles russes. Cette initiative, bien que saluée par certains comme un pas vers la désescalade, a suscité l’inquiétude des Européens et des Ukrainiens, qui craignent un accord imposé sans leur pleine participation.
Dans ce climat d’incertitude, l’Europe, sous l’impulsion de la France et du Royaume-Uni, a cherché à reprendre l’initiative. Le sommet de Paris s’inscrit dans une série de réunions tenues depuis février 2025, notamment à Londres et à Bruxelles, visant à coordonner une réponse européenne face à la menace russe et à compenser un éventuel désengagement américain. Comme l’a souligné Emmanuel Macron lors de son discours d’ouverture,
« l’Europe ne peut être un simple spectateur de son destin. Nous devons agir pour garantir notre sécurité et celle de l’Ukraine, qui est une partie intégrante de notre continent ».
Une coalition des volontaires pour soutenir l’Ukraine
Le sommet, qui s’est déroulé à l’Élysée, a réuni des figures clés telles que le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le Premier ministre britannique Keir Starmer, le chancelier allemand Olaf Scholz, la Première ministre italienne Giorgia Meloni, ainsi que des représentants de pays comme la Pologne, la Turquie (via le vice-président Cevdet Yilmaz) et l’OTAN, avec son secrétaire général Mark Rutte. L’objectif principal était double : renforcer l’aide militaire à court terme à l’Ukraine et définir des garanties de sécurité à long terme, notamment en cas de futur accord de paix avec la Russie.
L’un des résultats majeurs de cette réunion a été l’engagement unanime des participants à maintenir les sanctions contre la Russie tant qu’un retrait complet des forces russes du territoire ukrainien ne serait pas entamé. Volodymyr Zelensky, dans une allocution vibrante, a insisté sur ce point : « Les sanctions doivent rester en place jusqu’à ce que la Russie commence à se retirer et compense les dommages causés par son agression. Alléger la pression maintenant serait une erreur fatale ». Cette position a été largement soutenue, bien que des voix discordantes, comme celle de Viktor Orbán en Hongrie (absent du sommet), continuent de prôner une approche plus conciliante envers Moscou.
Un autre point saillant a été l’annonce par Emmanuel Macron d’une nouvelle aide militaire française de deux milliards d’euros à l’Ukraine, dévoilée la veille du sommet. Cette contribution s’ajoute aux efforts d’autres nations européennes, comme le Royaume-Uni, qui a promis d’augmenter son budget de défense à 2,5 % de son PIB d’ici 2027. Ces engagements financiers et matériels visent à renforcer les capacités de l’armée ukrainienne, considérée par Macron comme « la première garantie de sécurité » du pays.

Vers une force de réassurance européenne ?
L’une des propositions les plus audacieuses discutées lors du sommet concerne la possibilité d’un déploiement militaire européen en Ukraine dans le cadre d’un futur cessez-le-feu. La France et le Royaume-Uni, désignés comme les « pilotes » de cette initiative, ont annoncé qu’une mission conjointe se rendrait prochainement à Kyiv pour évaluer les besoins de l’armée ukrainienne et préparer un « modèle militaire durable ». Cette « force de réassurance », comme l’a appelée Macron, pourrait inclure des troupes de plusieurs pays volontaires pour garantir la pérennité d’un accord de paix et dissuader toute nouvelle agression russe.
Cependant, cette idée reste controversée. Si des pays comme la Pologne et les États baltes soutiennent fermement une présence militaire européenne en Ukraine, d’autres, comme l’Italie, adoptent une position plus prudente. Giorgia Meloni, tout en réaffirmant son soutien à Kyiv, a souligné l’importance de maintenir une coordination étroite avec les États-Unis, exprimant le souhait qu’une délégation américaine participe aux prochaines réunions. De son côté, la Russie a d’ores et déjà fait savoir, par la voix de Vladimir Poutine, qu’elle s’opposerait à toute présence militaire européenne sur le sol ukrainien, exigeant l’arrêt total du soutien occidental à Kyiv comme condition à un cessez-le-feu.
L’absence américaine et les défis à venir
L’absence des États-Unis à ce sommet a été un sujet de débat récurrent. Alors que Washington poursuit ses négociations bilatérales avec Moscou, les Européens oscillent entre la volonté d’affirmer leur autonomie stratégique et la nécessité de préserver l’unité transatlantique. Emmanuel Macron a tenté de rassurer sur ce point, affirmant que « tout se fait en transparence avec nos partenaires américains ». Pourtant, les tensions sont palpables, notamment après les déclarations critiques de certains responsables américains envers l’Europe, révélées récemment dans des échanges confidentiels.
Pour l’Ukraine, l’enjeu est encore plus pressant. Volodymyr Zelensky a averti que la Russie « ne cherche pas une paix réelle » et continue d’intensifier ses attaques, comme en témoignent les récentes frappes sur Kherson et Soumy. Il a appelé l’Europe à « prouver qu’elle peut se défendre » et à ne pas céder aux pressions américaines pour un cessez-le-feu précipité qui laisserait les territoires occupés sous contrôle russe.
Une étape décisive, mais des questions en suspens
Le sommet de Paris du 27 mars 2025 a marqué une étape importante dans la mobilisation européenne face à la guerre en Ukraine. Il a démontré une unité remarquable sur la question des sanctions et un engagement concret à soutenir Kyiv militairement et financièrement. Toutefois, de nombreuses interrogations demeurent : la « force de réassurance » verra-t-elle le jour ? Comment l’Europe conciliera-t-elle ses ambitions avec les initiatives américaines ? Et surtout, jusqu’où la Russie est-elle prête à aller pour contrer cette coalition ?

En conclusion, cette réunion a renforcé le rôle de la France et du Royaume-Uni comme moteurs d’une Europe plus assertive, tout en exposant les défis d’une coordination internationale dans un contexte géopolitique mouvant. Comme l’a résumé Keir Starmer à l’issue du sommet : « Notre unité et notre travail commun peuvent contraindre la Russie à la paix. Mais cela demande du courage et de la persévérance ». Les prochains jours, avec la mission franco-britannique en Ukraine et les évolutions des pourparlers russo-américains, seront cruciaux pour déterminer si cet élan européen portera ses fruits.






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